distant memories [souvenir perdus]

Les montagnes environnantes étaient chargées de lambeaux de nuages bas.
Ils s’effilochaient quand soufflait le vent et, telles des âmes égarées venant d’un temps révolu,
flottaient sur les pentes dénudées à la recherche chancelante des souvenirs perdus.

Haruki Murakami – Le meurtre du commandeur

Bien qu’il reste encore beaucoup à comprendre du fonctionnement de la mémoire, il est certain qu’une partie du cerveau d’une forme proche de celle de l’étrange animal marin, l’hippocampe, y joue un rôle central. C’est là que se joue la perception spatiale et se forment l’enregistrement, l’organisation et la restitution des souvenirs. Sa lésion entraine l’incapacité de fixer les expériences vécues, laissant le malade avec les souvenirs plus anciens. Si certains souvenirs enfouis sont émotionnellement très intenses, l’hippocampe peut ne pas être capable d’en restituer le contexte, ceux-ci ne revenant que de façon involontaire sous forme de flash-backs ou de rêves.

Cette série se matérialise par de petits tirages multiples, installés dans des configurations choisies en fonction du lieu d’exposition. Ce projet a vu le jour en 2004, s’enrichissant de nouvelles images avec le temps. Il est en cours de finalisation pour exposition à Arles en juillet 2019.

Inspiration Murakami

On place souvent un paquet de cigarettes à côté de l’objet que l’on photographie,afin de bien évaluer ses dimensions réelles.Dans mon cas, cependant, à côté des images de mes souvenirs,ce paquet de cigarettes semble s’allonger ou se rétrécir selon l’humeur de l’instant.Dans ma mémoire, les choses et les phénomènes ne cessent de se mouvoir et de se transformer.De la même façon, ou bien comme pour rivaliser avec ces transformations continuelles,l’étalon de ma mémoire lui-même, qui devrait pourtant être figé et invariable, semble également évoluer et se modifier.Haruki Murakami – Le meurtre du commandeur

Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses…des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu’on ne pourra pas retrouver.C’est cela aussi, vivre.Mais à l’intérieur de notre esprit — je crois que c’est à l’intérieur de notre esprit —il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues.Une pièce avec des rayonnages, comme dans une bibliothèque, j’imagine.Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références,pour connaître précisément ce qu’il y a dans nos cœurs.Il faut aussi balayer cette pièce, l’aérer, changer l’eau des fleurs.En d’autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque.Haruki Murakami – Kafka sur le rivage

C’était un souvenir étrangement indépendant, en relation avec rien.Comme un sentiment aigre de réalité.Un rêve réel qui finalement n’était lié à rien, bien que je m’en souvenais dans les moindres détailset que dans un certain sens il soit plus clair que la réalité.”Haruki Murakami – Danse, danse, danse

La mémoire humaine n’est rien de plus qu’une “interprétation personnelle” d’évènements.Faire passer une expérience à travers l’appareil de la mémoirepeut parfois la réorganiser en une séquence plus compréhensible :les parties inacceptables sont omises ;“avant” et “après” sont inversés ;des éléments peu clairs sont précisés ;nos propres souvenirs sont mêlés à ceux des autres, interchangeables aussi souvent que nécessaire.Tout cela se produit très naturellement, inconsciemment.Haruki Murakami – Underground


English

Although much remains to be understood about the functioning of memory, it is certain that a part of the brain of a form close to that of the strange marine beast, the hippocampus, plays a central role. It is here that spatial perception is played out and memories are formed, its lesion leading to an inability to fix lived experiences, leaving the patient with older memories. If some buried memories are emotionally intense, the hippocampus may not be able to recreate the context, as they only come back involuntarily in the form of flashbacks or dreams.

 

 

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